vendredi 20 novembre 2009

Autographe de VICTOR HUGO.




Autographe de Victor Hugo.

Pour reposer et remercier mes lecteurs d'avoir fait la traversée de mon long article sur " Un tien vaut mieux...", je propose ici, pour le seul plaisir des yeux un envoi de Victor Hugo à Émile de Girardin. Cet autographe est dans un exemplaire de l'édition de 1875 des "Châtiments" que Victor Hugo a offert au publiciste Émile de Girardin, fondateur, en 1836,  du journal politique "La Presse". Le génie de monsieur Émile de Girardin ( 1806-1881 ) a été d'avoir l'audace de vendre son journal à bas prix en tablant sur le tirage et l'augmentation des recettes publicitaires pour compenser les pertes ( Source : " La Grande Encyclopédie ", à Paris, tome dix-huitième sur trente-et-un ). Avec lui, la presse entre dans la modernité. On comprend que Victor Hugo ne perdait pas son temps en soignant Émile de Girardin.
Cet exemplaire est un in-octavo dans une modeste reliure en demi-chagrin noir. Je dis que c'est une reliure "modeste" pour éviter de dire qu'elle est presque laide. On voit que le dos a souffert; le tan du cuir ( ce qui est d'une couleur tirant sur le brun-orange  ) affleure et reste aux mains quand on manipule le volume. Comme toujours, cliquez sur une photo pour l'agrandir; cliquez sur votre "retour de page" pour revenir au blogue.



Bref, un livre qui n'est pas très beau mais il est attachant parce que Victor Hugo l'a tenu dans ses mains. Je vous laisse deux dernières photos. Vous verrez que Hugo n'a pas lésiné sur l'encre. Il écrivait à la plume d'oie. Celle qu'il a utilisée a été taillée large et laissait couler beaucoup d'encre; à tel point que l'encre a traversé la page, dont vous voyez ici le verso :






Revoyez la photo qui coiffe cet article.On sent nettement dans cet envoi de Victor Hugo un élan, une vigueur, une énergie "hugolienne" à l'image de sa personnalité et de son oeuvre. Il mourra dix ans plus tard, à Paris, le 22 mai 1885.

mardi 17 novembre 2009

" Un tiens vaut mieux..." ou " Un tien vaut mieux...'' ? Pas de "s" selon moi.

Il y a un peu plus d'un an, j'avais vu à mon étonnement que Michel David, le chroniqueur politique du quotidien "Le Devoir", avait coiffé sa chronique du jour par le titre " Un tiens vaut mieux" . Une allusion, bien sûr au célèbre proverbe " Un tien(s) vaut mieux que deux tu l'auras ". Le "s" au bout du mot "tien" choquait mon oeil. Sans prendre le temps d'ouvrir le dictionnaire j'envoie immédiatement un courriel à monsieur David, que je connais un peu pour l'avoir souvent croisé pendant mes années de journalisme ou de politique. Sachant qu'il a une bonne plume et qu'il tient au bon français, je lui tiens ce courriel pour lui reprocher amicalement d'avoir fait une faute en ajoutant un "s'' au mot "tien". Je termine mon courriel par un mot d'encouragement : même les meilleurs trébuchent lorsqu'il s'agit de la langue française. La réplique du chroniqueur m'a laissé bouche bée : il m'explique, avec une bienveillante générosité, que le mot "tien'' prend bien un "s". Et il me retourne avec ironie mon encouragement en me disant, à son tour, que même les meilleurs peuvent trébucher. Je saute sur mon Petit Larousse; les pages roses confirment que Michel David a bien raison. Je suis devenu, à ma courte honte, l'arroseur arrosé. Voici un extrait tiré des pages roses du Petit Larousse 2005; il y a bien un "s" qui termine le mot "tien" dans le proverbe. Voyez, au centre de la photo :


Le Petit Larousse ne fait pas exception. Les dictionnaires modernes ou publiés depuis le XIXe siècle mettent un "s" à la fin de "tien''. Voici, par exemple, un extrait de la huitième édition du Dictionnaire de l'Académie française ( 1932-1935 ) :


Voici un dernier exemple, pour ne pas surcharger. Je le prends ici dans le dictionnaire du grand Émile Littré (1883).  Il y a toujours un "s". Le lexicographe cite Jean de La Fontaine, comme la plupart des dictionnaires d'ailleurs:



La cause semble entendue. Les dictionnaires du XIXe siècle, du XXe siècle ou du siècle actuel que j'ai consultés écrivent tous "Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras". Il en va de même pour les éditions de 1740, de 1762 et de 1798 du Dictionnaire de l'Académie française. Je ne sais pas pour la seconde édition, celle de 1718; je ne la possède pas et son tome second n'est pas disponible sur internet.
Attention. Je vais vous surprendre. Consultons le fameux Dictionnaire de Trévoux dans sa dernière et meilleure édition, celle de 1771. Il n'y a pas de "s". On y écrit "...un tien vaut mieux que deux tu l'auras;..." Voyez la photo :



Continuons avec le célèbre dictionnaire de Pierre Richelet, dont la première édition ( 1680 ) a été publiée du vivant du grand La Fontaine. Richelet, comme le dictionnaire de Trévoux, ne met pas de "s" à la fin du mot "tien''. Tiens, tiens, tiens. Voyez au bas de la photo que j'ai prise de mon exemplaire de 1728 :



Je sens que les partisans du "s'' à la fin du "tien'' sont obligés de se tenir aux crins de leur cheval ! Je donne un autre coup en faisant appel au premier et plus célèbre dictionnaire de l'Académie française, celui de 1694. Pas de "s" . Voyez le haut de la photo. ( Comme toujours : cliquez sur les photos si vous voulez les agrandir; cliquez ensuite sur votre "retour de page" pour revenir sur le blogue ).


Je souligne que Jean de La Fontaine, dont la plupart des dictionnaires aiment se réclamer quand ils citent le fameux proverbe, est alors, en 1694, un membre de l'Académie française. Il a été reçu en 1684. Le fabuliste a participé à la rédaction du premier dictionnaire de l'Académie, qui ne met pas de "s" à " Un tien..." je le répète. Je suppose que Jean de La Fontaine aurait fait ajouter un "s" s'il en avait voulu un.  Il mourra le 13 avril 1695.
Pour conclure, allons à la source. On sait que les éditions anciennes ou modernes des Fables du grand La Fontaine, qu'on reproduit dans la plupart des dictionnaires, mettent toujours un "s" au mot "tien". Voici un exemple parmi mille: l'édition de 1769, à Paris, avec les commentaires de M. Coste. La fable, que tous connaissent, et d'où est tiré le fameux passage proverbial, a pour titre " Le petit Poisson & le Pêcheur " . Elle est dans le livre Cinquième. C'est la fable III. Voyez la fin de la fable, au bas de la photo :



On voit que l'éditeur a mis un "s" à "tien". Il justifie son choix en prêtant au mot "tiens" le sens d'un ordre, d'un impératif ( Sa note (1) : " Prens cela, je te le donne ". ) Si on accepte ce point de vue, il faut un "s". Mais la fable a beaucoup moins de force que si on met le possessif  "tien". Si on lui dit "Tiens",en lui montrant un poisson, le pêcheur ne l'a pas encore tout à fait. Si le poisson est "sien", cependant, il le possède vraiment. C'est d'ailleurs en mettant une majuscule au début de "Tien" que des dictionnaires forcent, si je puis dire, l'impératif, et justifient le "s" final. Voyez le grand dictionnaire de Paul Robert dans son édition de 1965 :




Il faut conclure. Je m'en remets à la rare édition originale des Fables, publiée en 1668 chez Claude Barbin.
C'est le document qui est, à ma connaisance, le plus proche de la main, et finalement de la pensée du grand fabuliste car je ne sache pas que le manuscrit des Fables ait survécu. Je ne possède pas ce livre rare, mais je vous montre ici deux photos de l'exemplaire qui est en ligne sur le site "Gallica" de la Bibliothèque Nationale de France. D'abord la page de titre ( photo ici de mon écran d'ordinateur ) :



Et maintenant, voyons la fin de la fable. Il n'y a pas de majuscule à "tien" et il n'y a pas de "s" :


 Le grand fabuliste, maître absolu de la langue française, savait que ce qu'on tient vaut mieux que ce qu'on nous tend. Bref : La Fontaine n'a pas mis de  "s" à tien parce qu'il n'en fallait pas . Les éditeurs ou les correcteurs des Fables qui ont suivi ont cru qu'il fallait un impératif, donc un "s", donc parfois un "T" majuscule à "Tiens" pour justifier le "s" final, ou encore des italiques pour simuler un interlocuteur. En ces matières, je préfère suivre La Fontaine dans l'édition originale de ses Fables ainsi que trois grands dictionnaires: deux de son époque ( Académie de 1694, Richelet ) et plus tard le Trévoux. Je pense qu'on a copié depuis une erreur faite de bonne foi dans une édition ancienne des Fables où on avait cru que le mot "tien" était un impératif substantivé. Tous les dictionnaires sont tombés dans le panneau parce qu'ils croyaient suivre La Fontaine, maître absolu, alors qu'ils suivaient une mauvaise édition de ses Fables, sans doute plus accessible que l'originale.
On lira encore dans les dictionnaires, pendant des siècles sans doute, le fameux "Un tiens vaut mieux que deux tu auras". Et ces dictionnaires, qui montrent plus souvent la voie qu'ils ne nous égarent, je les respecte bien sûr et je les appellerai à mes côtés demain sans doute. Je veux dire en terminant que tous ceux qui écrivent " Un tiens..." ne font pas de faute; on n'en fait pas quand on a le Littré, le Grand Robert et la quasi totalité des dictionnaires de l'Académie à ses côtés. Mais comme j'ai la chance de posséder plusieurs vieux dictionnaires que peu de gens ont à la main j'aime bien partager les vieux mots qui y dorment, comme des papillons épinglés qui s'envolent au vent de notre pensée.
Pardonnez ce long exposé. Vos commentaires seraient appréciés.

dimanche 8 novembre 2009

D'un sein à un saint. ARÉOLE. AURÉOLE.



D'un sein à un saint. ARÉOLE. AURÉOLE.

Il suffit parfois d'ajouter une voyelle, un simple '' u '', pour passer d'un sein (''aréole'')  à un saint ("auréole'').Vous verrez plus bas qu'il a été question un moment de changer '"l'aréole" des seins par "l'auréole" des saints. Et vous verrez aussi que certains dictionnaires faisaient perdre aux hommes l'aréole de leurs seins.  Note : pour toutes les photos du blogue, ci-haut ou plus bas, cliquez sur une photo pour l'agrandir, cliquez ensuite sur votre ''retour de page'' pour revenir sur la page consultée ( pas sur le X de votre ordinateur ).

 Le mot '' aréole '' apparaît dans l'édition de 1718 du dictionnaire de Trévoux selon le '' Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française ''  de Paul Robert ,dans son édition de 1965. Je n'ai pas pas l'édition de 1718 du Trévoux, mais je trouve bien le mot ''aréole '' dans l'édition de 1771 que je possède, la dernière édition du Trévoux. Une '' aréole '', c'est  " le cercle coloré qui environne le mamelon.''  Voici la définition du dictionnaire :

Aréole ( Dictionnaire de Trévoux, 1771)
Nous ferons aussi du Trévoux notre référence pour le mot "auréole''.  L'auréole, c'est la '' Couronne de gloire '', le " cercle de lumière que les Peintres & les Sculpteurs mettent autour de le tête des Saints, des Vierges, des Martyrs, & des Docteurs, pour marque de la victoire qu'ils ont remportée. (...) "  ( Note : il y a aussi ce mot, "nimbe", qui a un sens semblable. J'en parlerai une autre fois. )
Voyez la définition:

Auréole ( Dictionnaire de Trévoux, 1771)
Il a été question, à un moment, d'étendre le sens du mot ''auréole'' pour qu'il couvre aussi le sens de l'aréole des mamelons. Bref, l'auréole qui entoure la tête des saints aurait aussi entouré le mamelon des seins ! C'est dans le '' Nouveau dictionnaire national ou dictionnaire universel de la langue française "  par Bescherelle Aîné ( 1887 ) que je trouve cette information . Voyez au bas de la photo de la définition du mot ''auréole'' ( " Anat. On a proposé de substituer ce mot à celui d'aréole...); la suite sur la seconde photo.

Auréole, début de l'article ( Dict. Bescherelle, 1887)

Auréole, suite ( Dict. Bescherelle, 1887 )
Donc " on a proposé de substituer ce mot ( auréole ) à celui d'aréole, pour désigner ces cercles ou disques colorés et superficiels tel que le cercle coloré qui entoure la base du mamelon, (...)"  Le Bescherelle  n'en dit pas plus sur cette proposition qui n'a visiblement pas été retenue. Les saints gardent leur " auréole '' et les seins gardent leur " aréole '' . Ouf !
Mais attention. S'il n'en tenait qu'à la définition du mot '' aréole '' que je trouve dans le dictionnaire monumental du grand Émile Littré, le mot '' aréole '' ne s'applique qu'au mamelon des femmes. Les seins des hommes ont été oubliés. Pour Littré, l'aréole, c'est, entre autres acceptions, le " cercle coloré qui entoure le mamelon de la femme ''. Voyez la définition. Cliquez sur l'image pour l'agrandir (retour de page pour revenir).

Aréole ( Dictionnaire Littré, 1863)
Pardonnons au grand Littré cette '' erreur ''.  On trouve aussi une définition semblable dans la septième édition du Dictionnaire de l'Académie française ( 1878 )  ( Aréole. s.f. (...) Il se dit principalement Du cercle coloré qui entoure le mamelon de la femme, ... ) :


Aréole ( Dict. de l'Académie française, 1878)
Si on devait se fier à de telles définitions il n'y aurait pas d'aréole autour du mamelon masculin. Le Dictionnaire de l'Académie corrigera dans sa huitième édition ( 1932-1935 ). 
Avant de vous laisser, et pour vous  remercier de m'avoir suivi aussi aussi loin dans cet article, je vous montre ici l'oeuvre dont j'ai retenu un détail en début d'article pour montrer les aréoles de deux mamelons. Cette oeuvre se nomme '' Ave Luna ''  et a été peinte il y a quelques années par le grand artiste Denis Jacques.



Vous aurez remarqué que le modèle est auréolé de la lune; d'où son nom, " Ave Luna '' . Pour joindre l'artiste, monsieur Denis Jacques : denisjacques@videotron.ca 

La belle miniature, en haut de cet article, qui montre des saintes auréolées est tirée du '' Nouveau Larousse Illustré ''  ( tome sixième ) . Le sujet est : " Anne de Bretagne entourée de ses patronnes, miniature des Grandes Heures d'Anne de Bretagne ( commencement du XVIe siècle ).Voici la pleine page :



Merci donc aux artistes d'hier et d'aujourd'hui qui ont illustré cet article, et merci aussi à tous ces lexicographes qui ont défriché pour nous. Ces lexicographes pourraient reprendre le mot du pianiste André Gagnon : " Même mes fausses notes viennent du coeur '' .

samedi 31 octobre 2009

'' Au saillir de mon enfance..." ( Philippe de Comines )


'' Au saillir de mon enfance...'' ( Philippe de Comines )

Philippe de Comines ( 1447-1511 ), est un chroniqueur français auteur de Mémoires sur les règnes de Louis XI et de Charles VIII . Je parle, dans l'article plus bas, de la belle édition in-folio de ses Mémoires, publiée en 1649. La photo que vous voyez ici montre, dans ce livre ancien, un plan rapproché de la première page du Chapitre Premier du premier Livre des Mémoires de Comines. Il y a huit Livres dans les Mémoires de Comines. L'auteur commence ainsi : '' Au saillir de mon enfance, et en l'aage de pouvoir monter à cheval, je fu amené à l'Isle, devers le Duc Charles de Bourgogne, (...) '' .
On le devine aisément, quand Philippe de Comines écrit  " Au saillir de mon enfance... ''  il faut entendre aujourd'hui  '' Au sortir de mon enfance...'' . Mais il a fallu que j'ouvre plusieurs de mes anciens dictionnaires avant d'en obtenir la confirmation. Je l'ai finalement trouvée dans le dictionnaire de Pierre Richelet ( édition de 1728 ). Voyez la photo, à peu près au centre. Il y est écrit :  * Saillir, v.n. ( eminere, exire. ) Ce verbe pour dire sortir n'est plus en usage ( Voir note au bas de cet article sur le signe * ) . Comme toujours, il faut cliquer sur les photos pour les voir en pleine page. Cliquez ensuite sur votre '' retour de page '' pour revenir sur le blogue.


Ce verbe, saillir, est assez curieux; selon le sens qu'on lui donne, sa conjugaison change. Voyez ce qu'en dit le Dictionnaire de l'Académie française dans sa septième édition ( 1878 ) :



Mais comment conjuger le mot '' saillir '' dans l'acception choisie par Philippe de Comines ? Je suppose qu'il faudrait s'en tenir à la première conjugaison ( Je saillis, tu saillis, il saillit...) parce que le renommé chroniqueur '' sortait avec impétuosité '' de son enfance. Je termine en vous laissant la photo de la pleine page d'où je tirais le gros plan qui est au début de cet article. Remarquez, de nouveau, la charmante lettrine au début du texte, et voyez la belle gravure qui coiffe la page :


Merci cher lecteur de m'avoir suivi jusqu'ici. Au saillir de cet article, je veux vous dire que le prochain sujet que j'aborderai sera plus léger, ou plus libre. Mais je ne parlerai pas de cavales ''saillies'' par de beaux étalons...

Note sur la définition de '' saillir '' dans le Richelet . Vous remarquez ce signe :  *  près de la définition. Voici ce qu'en dit le dictionnaire, au début de son premier tome, dans  ''Explication des marques qu'on a mises aux mots, & des accens dont on les a marquez''  ( sic ) :

'' L'étoile * qu'on met à côté d'un mot ou d'une phrase, montre que le mot ou la phrase sont au figuré, au lieu qu'il faut les prendre au sens propre, quand il n'y a point de marque. ''

Qu'on me permette d'ajouter que le mot '' étoile '' pour désigner le signe * est plus charmant que le mot ''astérisque'' qui vient du grec ( asteriskos ; '' petite étoile '' ) et que l'usage a retenu.

Mémoires de Philippe de Comines ( 1649 )


Mémoires de Philippe de Comines ( 1649 )

J'aimerais partager avec vous, cher lecteur, quelques images d'un livre ancien que je viens d'acquérir. Je collectionne principalement les anciens dictionnaires de langue française mais quand un beau livre, que je ne cherche pas, décide de  me trouver,  je me sens obligé de l'acheter si le prix, sans être celui de l'occasion, est tout de même correct. Le livre que nous voyons ici est une édition des ''Mémoires de Messire Philippe de Comines, Seigneur d'Argenton, contenans l'Histoire des Roys Louys XI & Charles VIII, depuis l'an 1464 jusques en 1498'', par Denys Godefroy, à Paris ( Imprimerie Royale ), 1649. Ce n'est pas la première édition de ces Mémoires. Je n'ai pas vu les précédentes, mais celle-ci, dite '' du Louvre '', est fort belle. L'exemplaire, un fort volume in-folio, a une reliure qui a un peu souffert; elle est usée, la pièce de titre est presque disparue, mais le livre se tient bien et les pages sont d'une fraîcheur étonnante. Voici la page de titre :



L'auteur, visiblement, a voulu produire une édition définitive. Je ne suis pas un spécialiste des Mémoires de Comines, mais on sent à chaque page une recherche documentaire et de nombreuses explications qui laissent l'impression que nous avons là un ouvrage d'une grande érudition. On trouve entre autres deux grandes tables généalogiques, l'une vers le début et la seconde vers la fin du livre. La première établit la généalogie des rois Louis XI et Charles VIII  tandis que la seconde établit celle de Philippe de Comines. Voici la table généalogique " servant à faire voir les degrez de consanguinité et parenté entre quelques roys & Princes du sang de France, issus en ligne masculine du Roy Louys Le Gros..." . Ma montre de poche ( 4,5 cm de diamètre ), en bas à droite, donne une idée du format de la page .



Et voici maintenant la '' Généalogie de la Maison de Messire Philippe de Comines, Chevalier, Seigneur d'Argenton, Autheur des susdits Mémoires ''. Je ne vous demande pas de la lire ligne à ligne, mais voyez le travail :




Ce beau livre contient plusieurs charmantes gravures qui marquent le début, ou la fin, des huit " Livres ''  qui composent les Mémoires de Comines. Ne voici que deux photos; je ne veux pas trop allonger. Remarquez la fraîcheur de ce papier qui a trois cents cinquante ans :








J'arrête ici cette présentation mais je vais y revenir bientôt pour la compléter. Il sera question du mot ''saillir'',
dans une acception, maintenant vieillie, qu'a utilisée Philippe de Comines.

Merci de nouveau à tous mes lecteurs, fidèles ou de passage.

lundi 26 octobre 2009

"...coifée en cheveux..." Expression oubliée.


"Karine", oeuvre de Dany Ferland

''...coifée en cheveux...'' ( sic ) Expression oubliée.

On trouve cette expression, à l'orthographe changeante, dans les dictionnaires d'autrefois. On veut marquer par cette expression qu'une femme ne porte pas de coiffe pour se parer et que ce sont ses seuls cheveux qui font, si on peut dire, sa coiffe. Je tire ici l'expression du dictionnaire de Pierre Richelet, dans son édition de 1728. Elle se trouve dans le corps de la définition de '' faux cheveux ''.  Le Richelet ne met qu'un seul ''f'' au mot " coifée " . Voyez le texte du dictionnaire :


On devine, à cette lecture, qu'il était fréquent à l'époque que les femmes couvraient leur chevelure d'une "coife '', si bien que c'est par rapport à la coiffe qu'on parle de l'arrangement de la chevelure qui n'en porte pas. Je profite de l'occasion pour publier une image de coiffes anciennes que je trouve dans le ''Nouveau Larousse Illustré'' ( 1897-1904 ) ( 7 tomes + un Supplément ) :


On rencontre de moins en moins dans le métro des femmes qui portent de telles " coiffes " . Voici, tiré du même dictionnaire, une page qui illustre le mot '' coiffure '' . On y voit plusieurs femmes qui sont  " coiffées en cheveux '' . Pour agrandir, cliquez sur la photo. Pour revenir, cliquez sur votre '' retour de page ''.


Pour montrer que l'orthographe du mot '' coiffer '' et de ses dérivés est changeante au XVIIIe siècle, je vous laisse un extrait tiré de la troisième édition du Dictionnaire de l'Académie française ( 1740 ). On écrit ''coeffer''  et ''coëffer '' . Vous reverrez dans le corps de l'article l'expression  '' se coëffer en cheveux '' :





Et pour en remettre sur l'orthographe changeante, le Dictionnaire de Trévoux, dans sa dernière édition ( 1771 ), écrit ''coeffe '', souligne que ''coiffe '' est l'orthographe de l'Académie, et plus loin dans le texte l'écrit en ajoutant un tréma, donc ''coëffe'' . Ça décoiffe toutes ces orthographes.



Je souligne que je n'ai pas mis dans cet article tous les sens qu'on trouve au mot '' coiffe '' dans mes vieux dictionnaires. Je ne veux pas trop allonger et il fallait centrer cet article pour éviter de se perdre. On peut creuser jusqu'en Chine les sens des mots '' coiffer '' ou  '' coiffe '' .

La belle oeuvre qui coiffe cet article est un portrait à la mine de plomb réalisé par le jeune portraitiste québécois Dany Ferland. C'est un homme de grand talent qui ira loin. Cliquez sur l'oeuvre pour la voir en grand format et pour apprécier les détails. Pour revenir sur le blogue, cliquez sur votre '' retour de page '' .

Titre de l'oeuvre : '' Karine '' . Oeuvre réalisée probablement en 2005.
Pour joindre l'artiste : danyferland7@hotmail.com
Note : Ce blogue n'est pas un site marchand et les artistes dont je possède des oeuvres ne m'ont pas demandé d'y être nommés ou de faire la promotion de leurs oeuvres. Celà dit, soutenons les artistes de talent.

Je remercie tous mes lecteurs, fidèles ou de passage.




mardi 20 octobre 2009

CONGRÈS. Épreuve sexuelle au XVIIe siècle.



CONGRÈS. Épreuve sexuelle au XVIIe siècle.

Chacun sait que le mot '' congrès '' , de nos jours, a comme sens premier une '' réunion de personnes qui délibèrent sur des recherches, des études communes ou des intérêts communs en différents domaines. Un congrès international de cardiologie. (...) ''   Source :  Le Petit Larousse Illustré 2005.
Mais anciennement, le mot '' congrès '' n'avait pas du tout cette signification. Il désignait plutôt une épreuve où des conjoints devaient prouver leur capacité sexuelle en s'accouplant devant des témoins. Le sens moderne n'existe même pas dans les anciens dictionnaires. Voyez la définition qu'on trouve dans la première édition du Dictionnaire de l'Académie française ( 1694 ). J'ai choisi un plan photo plus large pour bien montrer qu'on ne donne pas d'autre sens au mot '' congrès '' ( écrit avec un '' z '' final dans le dictionnaire ). Le mot qui nous intéresse est au centre de la photo. Pour bien voir, cliquez sur la photo; pour revenir cliquez sur votre '' retour de page ''. Donc :



Le dictionnaire de Pierre Richelet, dans son édition de 1728, ne donne pas d'autre sens lui non plus. Voici la photo pertinente :


Pour mieux comprendre cet ancien '' usage du congrez '', aboli en 1677 comme le disent les dictionnaires, voici l'article que consacre au ''congrès''  le Dictionnaire de Trévoux , dans sa dernière édition, celle de 1771. L'article tient ici sur deux photos :



Notez, à la fin de l'article, les deux petites '' mains '', qui montrent des ajouts . Près de la première main, on indique que '' congrès '' se dit aussi  ''d'une assemblée de plusieurs Ministres des différentes Puissances qui se sont rendus dans le même endroit pour traiter, discuter...''. C'est le sens moderne qui se prépare. Et voyez près de la seconde main, ce mot, ''congression'', ''synonyme à congrès; accouplement du mâle & de la femelle''. On voit bien qu'à l'époque le mot ''congrès'' portait en lui, si je puis dire, le sens d'un accouplement.
Pour ceux qui veulent aller plus loin, je laisse ici un article intéressant qu'on trouve dans le Grand Dictionnaire Universel de Pierre Larousse, publié au XIXe siècle. La police de caractère ne change pas dans l'article, c'est le recadrage entre la première photo et les deux suivantes qui change la taille des lettres.




Je vous laisse là-dessus.
L'oeuvre que j'ai choisie pour illustrer cet article est une peinture remarquable réalisée en 1999 par le grand portraitiste québécois Denis Jacques. Courriel de monsieur Jacques : denisjacques@videotron.ca
Titre de l'oeuvre : '' La Promise ''.