lundi 29 mars 2010

VIDÉO. Émission "C'est ça la vie" à la télévision de Radio-Canada.


Note du 4 janvier 2012:
Cette vidéo ne semble plus disponible. Le lien URL que je donnais plus bas semble inopérant.

Chers lecteurs, je vous offre aujourd'hui de devenir téléspectateurs. L'émission de Radio-Canada "C'est ça la vie", animée par Philippe Schnobb, m'a accueilli sur son plateau le jeudi 25 mars. Je remercie monsieur Schnobb et son équipe de m'avoir invité à parler de ma passion pour les anciens dictionnaires de langue française. Cet extrait, que je présente ici sans prétention, aura au moins le mérite de prouver à ceux qui fréquentent le blogue que j'existe vraiment !
Pour voir l'entrevue cliquez sur le lien URL qui est en bas de ce texte ( la photo, en haut, n'active rien). Lorsque vous serez sur le site de l'émission, cliquez sur l'icône de démarrage. Veuillez m'indiquer si tout va bien ou s'il y a des problèmes de lecture de la vidéo.

http://www.radio-canada.ca/emissions/c_est_ca_la_vie/2009-2010/Entrevue.asp?idDoc=107159

lundi 22 mars 2010

Sens oublié du mot ÉNERVER.

   Énerver : Dictionnaire de l'Académie française ( 1718 ) 

Au fil des siècles, le sens de certains mots évolue et prend souvent de nouvelles teintes ou même de nouvelles couleurs selon les caprices de l'usage. Nous avons ici un mot, "énerver", que tous connaissent, dont le sens d'aujourd'hui est complètement différent de celui du passé. Anciennement le mot "énerver" signifiait affaiblir par le vin, la débauche...tandis qu'aujourd'hui, "énerver" signifie, comme chacun le sait : " (...) susciter la nervosité, l'irritation de; agacer, exciter. (...)" . Voyez, au centre de la photo, la définition du Petit Larousse 2010 :



Anciennement, le mot "énerver" voulait plutôt dire , comme le montre la photo qui coiffe cet article : "...affoiblir les nerfs par la desbauche, ou par quelque autre cause. Le trop grand usage du vin est capable d'enerver un homme. ses débausches l'ont enervé (...) " ( Dictionnaire de l'Académie française, deuxième édition, 1718 ). Je transcris ici le texte avec l'orthographe du temps; on remarque aussi que dans ses exemples l'Académie ne met pas de majuscule après un point. On retrouve le même sens dans les autres dictionnaires de l'époque. Au dix-neuvième siècle, en 1847, définition semblable dans le "Nouveau dictionnaire de la langue française" de Noël et Chapsal :



Vous aurez noté que dans les anciens dictionnaires, souvent sexistes, le mot "efféminer" porte un sens de faiblesse tandis qu'aujourd'hui "efféminer", c'est, selon le Petit Larousse 2010 en tout cas : "Rendre semblable à une femme dans son aspect, ses manières". L'idée de faiblesse n'y est plus, et c'est très bien ainsi finalement. Je note en passant que pendant la guerre du Vietnam les communistes confiaient souvent aux femmes, sur la piste Hô Chi Minh,  l'acheminement des armes, parce que les femmes étaient plus endurantes que les hommes. Fin de la parenthèse. Je donne un dernier exemple du sens oublié du mot "énerver", cette fois je prends la définition de la septième édition du Dictionnaire de l'Académie française (1878) :



On commence à voir apparaître le sens moderne à la fin de la définition qu'on trouve dans la huitième édition du Dictionnaire de l'Académie ( 1932-1935 ). On y lit, en bas de photo que "Énerver signifie aussi agacer en produisant une irritation nerveuse. Vous m'énervez avec votre phonographe..."


Donc. Anciennement, "énerver"  signifiait affaiblir par la débauche, le vin ou par quelque autre cause. Aujourd'hui "énerver" signifie un agacement qui nous jette dans une agitation nerveuse. Le signification des mots change parfois, mais prudence: le vin, la volupté et la débauche ont les mêmes effets aujourd'hui que dans les siècles passés !
Ajout ( 31 mars ). Je me hasarde dans une explication sur le glissement de sens du mot "énerver". É-nerver, c'est, finalement, enlever les nerfs, d'où un affaiblissement, un manque de forces...Mais, comme le souligne l'Académie à la fin de la définition qu'on voit en haut, "énerver" c'est aussi "...priver de l'usage des nerfs en brûlant ou en coupant les tendons des muscles des jarrets" . Cette pratique barbare était sans doute "énervante" pour le pauvre supplicié.

lundi 8 mars 2010

Dictionnaire de l'Académie française. Septième édition (1878).


"L'édition est d'une élégance remarquable".
Félix Courtat
"Monographie du Dictionnaire de l'Académie Française" ( Paris, Henri Delaroque, 1880 )

Je continue aujourd'hui la présentation des huit éditions du Dictionnaire de l'Académie française. La neuvième est en cours de publication. Mon article du 25 janvier présentait la huitième édition (1932-1935), la seule, bien complète, parue au XXe siècle. Puisque j'ai choisi de reculer dans le temps, je vous montre aujourd'hui la septième édition (1878), la seconde des deux éditions du Dictionnaire de l'Académie parues au XIXe siècle. La première du XIXe siècle a paru en 1835.
Cette édition est composée de deux volumes in-quarto; les définitions couvrent 903 pages dans le tome premier et 967 pages dans le second. L'intérêt pricipal de cette septième édition du Dictionnaire, c'est qu'on y reproduit intégralement, au début du tome premier,  les préfaces de toutes les éditions du Dictionnaire de l'Académie parues jusqu'alors. On trouve donc, outre la préface de ce Dictionnaire de 1878, celles des éditions de 1694, de 1718, de 1740, de 1762, de 1798 et de 1835. Ce sont des textes importants que l'Académie a eu l'intelligence de reproduire exactement, c'est-à-dire avec l'orthographe de leur publication originale, sans ajustement ou rectification. Comme il est fort difficile d'avoir sous la main toutes les éditions du Dictionnaire, la seule possession de cette édition de 1878, qui n'est pas difficile à trouver, permet de voyager parmi toutes les préfaces du Dictionnaire de l'Académie. Voici la page de titre du tome premier.
L'exemplaire que je vous présente ici est le premier Dictionnaire de l'Académie que j'ai acquis. C'était, vers 1985, au Salon du Livre Ancien de Montréal. Je ne l'ai payé que soixante-quinze dollars. En dollars d'aujourd'hui, c'est peut-être cent cinquante dollars. Ma longue quête pour trouver d'anciens dictionnaires de langue française a vraiment commençé avec cet exemplaire. Je me souviens encore de ma première émotion quand j'ai commencé à consulter l'exemplaire, que je trouvais bien vieux à l'époque; maintenant il me paraît bien jeune. Ce dictionnaire n'est pas rare; j'en ai acheté un second exemplaire il y a deux ans environ, à Québec, pour le même prix, ou à peu près le même prix. Si vous trouvez un exemplaire à prix modéré sur internet ou dans une librairie d'occasion n'hésitez pas à l'acheter; ce n'est pas un dictionnaire rare mais il est bien fait : bon papier, superbe typographie, belle mise en page sur trois colonnes, et, comme je viens de l'indiquer: toutes les préfaces, de 1694 à 1878. Félix Courtat, dans sa "Monographie du Dictionnaire de l'Académie Française" ( Paris, Henri Delaroque, 1880) a dit de cette édition, à la page 65 : "L'édition est d'une élégance remarquable. Aucune des précédentes in-4 ne peut lui être comparée, sous ce rapport, comme sous celui de l'impression."
L'exemplaire que je possède a un défaut. Un mauvais assemblage des cahiers coupe la préface de 1718 par le début des premières pages de la lettre " A "; on continue ensuite la préface de 1718, celle de 1835, et on ne reprend la suite des définitions des mots qui commencent par " A " qu'après la préface de 1835. Donc un dictionnaire mal assemblé. Mais heureusement, tout le contenu y est, même s'il faut s'accommoder du désordre de l'atelier de l'imprimeur ou du relieur. Je relève ce défaut pour montrer qu'il faut bien examiner les vieux livres avant de les vendre ou de les acheter. Voici deux photos qui montrent l'erreur d'assemblage. La première, ici, montre que la préface de 1718 est interrompue par le début des définitions des mots commençant par " A " . Cliquez sur la photo pour la voir en gros plan, puis revenez en cliquant sur votre flèche de retour de page ( pas sur le X qui vous ferait quitter le blogue ).

La seconde photo montre que les définitions sont interrompues par la suite de la préface de 1718 :

Pour en finir avec les faiblesses de cet exemplaire, il faut noter que le cuir des dos est mince et qu'il craque facilement. Photo :



On voit donc que les vieux livres ne sont pas toujours parfaits. En fait ils le sont rarement. Mais on aime tout de même certains livres comme on aime certaines femmes exceptionnelles: belles mais imparfaites, aux menus défauts qui, loin de diminuer leur attrait, leur ajoute un charme particulier. Comme ces "mouches", ces petits morceaux de taffetas noir qu'appliquaient les belles d'autrefois sur leur visage pour souligner la blancheur de leur peau. Elles faisaient mouche, justement ! Il faudra bien que j'écrive sur cette mode, aujourd'hui disparue.
Je reviens à mon exemplaire. Un envoi, sur une page de garde du tome premier, montre que ce dictionnaire a été offert, le 3 février 1880, à la Supérieure du Couvent de Verchères, Soeur Wenceslas (?) par un dénommé Segmin (?), prêtre (?). Mes recherches sont restées vaines à ce sujet. Mais l'inconnu, s'il ne signe pas lisiblement, signe avec une main large et orgueilleuse. On nommait anciennement "cadeaux" les traits de main des maîtres d'écriture, d'où le sens de choses spécieuses (de belle apparence) mais inutiles, et ensuite les sens de divertissement, de fête...et finalement le sens actuel de présent ( source : Littré ).  Voici la photo.


Je veux  aussi vous montrer le beau papier marbré qui est au début des volumes, sans cacher, au centre, un ruban de restauration (*). Presque une peinture abstraite. Et je ne le dis pas en mauvaise part. Photo:


Dans ce dictionnaire, l'Académie dit elle même qu'elle apporte peu de changements à l'orthographe. Cependant, elle souligne dans la préface qu'elle retranche quelques lettres doubles : consonnance s'écrira désormais avec un seul n : consonance. On disait une seule n à l'époque. Et, " Dans les mots tirés du grec elle supprime presque toujours une des lettres étymologiques quand cette lettre ne se prononce pas; elle écrit: phtisie, rythme, et non phtisie, rhythme. L'accent aigu est remplacé par l'accent grave dans les mots : piège, siège, collège, et dans les mots analogues. L'accent grave prend aussi la place de l'ancien tréma dans les mots poème, poète, etc. "
Mon prochain article portera sur un mot qui a complètement changé de sens depuis un siècle et demi.

(*) : En fait, comme nous l'apprend Bertrand dans la section commentaire, ce n'est pas un ruban de restauration, mais plutôt un montage "sur charnière" qui assure plus de solidité.