vendredi 30 avril 2010

DROMADAIRE. Deux bosses ! ( Dictionnaire de l'Académie française.1762 )

Dromadaire ( " La Grande Encyclopédie " )

Nous avons tous appris, quand nous étions écoliers, que les chameaux ont deux bosses et que les dromadaires n'en ont qu'une. Ce n'est pas si simple. Quand on consulte les anciens dictionnaires on lit que les chameaux ont au choix, une ou deux bosses, comme le dit ici la première édition du Dictionnaire de l'Académie française (1694) :

 
Chameau ( Dict. de l'Académie. 1694 )

Et selon certains vieux dictionnaires ce sont les dromadaires qui ont deux bosses tandis que les chameaux n'en ont qu'une seule !  Voyez la définition que donne du mot "dromadaire" la quatrième édition du Dictionnaire de l'Académie française (1762), souvent qualifiée de la meilleure des quatre éditions parues au XVIIIe siècle. On y lit, tenez-vous bien, que le dromadaire a deux bosses :

            Dromadaire ( Dict. de l'Académie française. 1762 )

Voyons, dans la même édition, celle de 1762, la définition du mot "chameau". Une seule bosse pour le chameau :

              Chameau ( Dict. de l'Académie française. 1762 )  

Y a-t-il une erreur dans le Dictionnaire de l'Académie de 1762 ? En tout cas l'édition suivante, celle de 1798, est dans le droit fil de celle de 1762:

          Dromadaire ( Dict. de l'Académie française. 1798 )

Quand au chameau, il n'a encore qu'une seule bosse dans cette édition:

         Chameau ( Dict. de l'Académie française. 1798 )

Convenons cependant que la cinquième édition du Dictionnaire de l'Académie n'est pas la meilleure et qu'elle a été publiée à la fin de la tourmente révolutionnaire sur les débris de l'Académie. Tournons-nous donc, en reculant un peu, vers le Dictionnaire de Trévoux, dans sa meilleure et dernière édition, celle de 1771. Nous allons y trouver une explication intéressante. Voici ce qu'on lit, au mot "dromadaire" . Les dix  premières lignes de la définition sont les seules qu'il faut vraiment lire. Je n'ai pas laissé la suite de la définition pour ne pas surcharger.

             Dromadaire ( Dictionnaire de Trévoux. 1771 )

Cet article du Trévoux nous donne la clé. On y lit, encore, que le dromadaire est une " Espèce de chameau qui a deux bosses sur le dos, au lieu que le chameau ordinaire n'en a qu'une selon Solin..." mais on ajoute un peu plus loin que " M. Perrault appelle, au contraire, dromadaire, celui qui n'a qu'une bosse sur le dos, celui qui est le plus petit, & le meilleur pour la course..." Le Solin, c'est peut-être Caïus Julius Solinus, géographe latin du IIIe siècle à qui on doit " ...un ouvrage intitulé Polyhistor, qui traite de l'ethnographie et de l'histoire naturelle de divers pays..." ( Grand Dictionnaire Universel de Pierre Larousse, XIXe siècle ). Quant au "M. Perrault", c'est sans doute Claude Perrault ( 1613-1688 ), frère de Charles Perrault ( 1628-1703), qui nous donné les célèbres contes pour enfants qu'il publia en janvier 1697. Claude Perrault, membre de l'Académie des Sciences, "disséqua un grand nombre d'animaux dont l'anatomie était peu ou pas connue et consigna ses recherches dans les mémoires de l'Académie" , nous dit le Larousse du XIXe siècle, qui ajoute entre autres que "Claude Perrault dirigeait à l'Académie des sciences les travaux relatifs à l'histoire naturelle..." et qu'il "mourut des suites d'une piqûre anatomique qu'il se fit en disséquant un chameau mort d'une maladie contagieuse."  Parmi les oeuvres de Claude Perrault on trouve des "Mémoires pour servir à l'histoire naturelle des animaux" ( Paris, 1676, in-folio ).
Je n'ai pas lu ces Mémoires de Claude Perrault mais il est clair, quand on lit le Trévoux, que monsieur Perrault, qui n'accorde qu'une seule bosse au dromadaire, fera autorité pour les dictionnaires qui suivront. Dans la sixième édition du Dictionnaire de l'Académie (1835) le dromadaire n'a plus qu'une seule bosse :
      Dromadaire ( Dict. de l'Académie. 1835 )

Quant au chameau, dans le même dictionnaire, il a deux bosses:

          Chameau ( Dict. de l'Académie. 1835 )

Et ces définitions ont été reprises : deux bosses au chameau, une bosse au dromadaire. Mais attention, on a dit anciennement, et on peut encore dire aujourd'hui ( Le CD-ROM du Petit Robert , version 2.1, 2001 ) que le chameau a deux bosses ou une seule: "Chameau. n.m. (...) Grand mammifère ongulé (camélidés) à une ou deux bosses dorsales, à pelage laineux. On distingue le chameau à deux bosses ou chameau d'Asie et le chameau à une bosse ou chameau d'Arabie. (...) Zool. Chameau à deux bosses ( opposé à dromadaire). (...)  Le Petit Larousse 2010, lui, dit, image à l'appui, que le chameau est un "Mammifère ruminant d'Asie centrale, à deux bosses graisseuses sur le dos, (...)" Après cette belle clarté on ajoute cependant : "Cour.,abusif en zoologie. Dromadaire". Mais plus loin, au mot "dromadaire", image à l'appui, on écrit que le dromadaire est un "Mammifère proche du chameau, à une bosse, grand coureur...".
L'idée de cet article m'est venu de l'excellent "Le Blog du Bibliophile" ( http://bibliophilie.blogspot.com/ ) qui a présenté le 20 avril, sous la signature de Bernard, un article sur les trois frères Perrault. Oui ils étaient trois même si je n'en ai nommé que deux ! On trouve à la fin de cet article une gravure ancienne, sous-titrée "Chameau" et qui montre un chameau à ...une bosse. Si j'ai bien lu, la gravure est tirée des "Mémoires pour servir à l'histoire naturelle des animaux" de Claude Perrault. La voici, avec la permission du Blog du Bibliophile :


Bon. J'ai assez bossé sur ce sujet. Vos commentaires sont toujours bienvenus.
( Ajout du 1er mai ) : Voyez, dans l'onglet "Commentaires", le commentaire de Bernard. Il complète bien cet article.

mercredi 14 avril 2010

TITANIC. Autographes de trois survivantes. Morceau de charbon des salles des chaudières ("boiler rooms").

              Image du Titanic signée par trois survivantes du naufrage

Chers lecteurs, je vous présente aujourd'hui une image du Titanic ( reproduction d'une aquarelle ) qui a été signée par trois survivantes du naufrage, mesdames Millvina Dean, Edith Eileen Haisman ( née Brown) et Eva Miriam Hart. L'aquarelle est une reproduction mais les signatures des survivantes, au bas, sont originales et ont été signées de la main même des trois rescapées.


Née le 2 février 1912 , Elizabeth Gladys Dean, qui signera plus tard Millvina Dean, était la plus jeune passagère du Titanic. Elle n'avait que deux mois et demi quand ses parents embarquent le 10 avril 1912, avec elle et son frère aîné, à bord du Titanic, au port de Southhampton. Le navire a frappé un iceberg le soir du 14 avril 1912. Le Titanic coulera dans la nuit du 15 avril; environ 1500 passagers mourront, environ 700 survivront. La jeune Dean a survécu au naufrage avec son frère et sa mère; ils étaient à bord de la chaloupe de sauvetage numéro 10.  Millvina Dean, la plus jeune survivante du Titanic, sera aussi la dernière des survivants à mourir. Elle est morte le 31 mai 2009. On voit ici la petite Millvina avec sa maman, à bord du navire Adriatic, qui les ramène en Angleterre après le naufrage ( Source : Ebay, avec la permission du vendeur ) :

Millvina Dean dans les bras de sa mère.


Edith Eileen Haisman, née Brown, a vu le jour au Cap ( Afrique du Sud ) le 27 octobre 1896. Elle est morte le 10 janvier 1997. Embarquée elle aussi à Southampton avec ses parents, elle avait quinze ans à l'époque du naufrage du Titanic. Elle sera secourue avec sa mère dans la chaloupe de sauvetage numéro 14. Son dernier souvenir de son père : elle le voit sur le pont, en "dinner jacket" , fumant le cigare, un brandy à la main, alors que la chaloupe de sauvetage 14 où elle se trouve est descendue vers la mer. Le pauvre homme est mort mais tout indique qu'il savait vivre. La mère d'Edith Eileen se remariera le 10 juin 1917 avec monsieur Frederick Thankful Haisman.

Eva Miriam Hart est née le 31 janvier 1905. Elle n'a que sept ans lorsque elle embarque avec ses parents, au port de Southampton, à bord du Titanic. Elle raconte que sa mère était inquiète de s'embarquer à bord de ce navire, réputé insubmersible; elle y voyait un défi lancé à Dieu. La nuit du naufrage, son père l'enveloppe dans une couverture et l'embarque à bord du bateau de sauvetage 14 en lui disant de "tenir la main de maman et d'être une bonne fille". Eva Miriam Hart ne reverra jamais son père. Elle mourra le 14 février 1996. Notons que le bateau 14 qui sauvera Eva Miriam Hart et sa mère a aussi à son bord Edith Eileen Haisman et sa mère. Curieusement je retrouve côte à côte les signatures d'Edith Haisman et d'Eva Hart sur le tableau qui coiffe cet article.

En terminant, voici un morceau de charbon du Titanic qui a été récupéré au fond de l'océan en 1994. Cette relique est touchante : on n'a pas eu le temps de la brûler dans les chaudières du navire. Ayons donc une pensée pour tous ceux qui ont péri dans cette terrible tragédie.



Sources pour cet article : Encyclopedia Titanica ainsi que Wikipedia.

lundi 29 mars 2010

VIDÉO. Émission "C'est ça la vie" à la télévision de Radio-Canada.


Note du 4 janvier 2012:
Cette vidéo ne semble plus disponible. Le lien URL que je donnais plus bas semble inopérant.

Chers lecteurs, je vous offre aujourd'hui de devenir téléspectateurs. L'émission de Radio-Canada "C'est ça la vie", animée par Philippe Schnobb, m'a accueilli sur son plateau le jeudi 25 mars. Je remercie monsieur Schnobb et son équipe de m'avoir invité à parler de ma passion pour les anciens dictionnaires de langue française. Cet extrait, que je présente ici sans prétention, aura au moins le mérite de prouver à ceux qui fréquentent le blogue que j'existe vraiment !
Pour voir l'entrevue cliquez sur le lien URL qui est en bas de ce texte ( la photo, en haut, n'active rien). Lorsque vous serez sur le site de l'émission, cliquez sur l'icône de démarrage. Veuillez m'indiquer si tout va bien ou s'il y a des problèmes de lecture de la vidéo.

http://www.radio-canada.ca/emissions/c_est_ca_la_vie/2009-2010/Entrevue.asp?idDoc=107159

lundi 22 mars 2010

Sens oublié du mot ÉNERVER.

   Énerver : Dictionnaire de l'Académie française ( 1718 ) 

Au fil des siècles, le sens de certains mots évolue et prend souvent de nouvelles teintes ou même de nouvelles couleurs selon les caprices de l'usage. Nous avons ici un mot, "énerver", que tous connaissent, dont le sens d'aujourd'hui est complètement différent de celui du passé. Anciennement le mot "énerver" signifiait affaiblir par le vin, la débauche...tandis qu'aujourd'hui, "énerver" signifie, comme chacun le sait : " (...) susciter la nervosité, l'irritation de; agacer, exciter. (...)" . Voyez, au centre de la photo, la définition du Petit Larousse 2010 :



Anciennement, le mot "énerver" voulait plutôt dire , comme le montre la photo qui coiffe cet article : "...affoiblir les nerfs par la desbauche, ou par quelque autre cause. Le trop grand usage du vin est capable d'enerver un homme. ses débausches l'ont enervé (...) " ( Dictionnaire de l'Académie française, deuxième édition, 1718 ). Je transcris ici le texte avec l'orthographe du temps; on remarque aussi que dans ses exemples l'Académie ne met pas de majuscule après un point. On retrouve le même sens dans les autres dictionnaires de l'époque. Au dix-neuvième siècle, en 1847, définition semblable dans le "Nouveau dictionnaire de la langue française" de Noël et Chapsal :



Vous aurez noté que dans les anciens dictionnaires, souvent sexistes, le mot "efféminer" porte un sens de faiblesse tandis qu'aujourd'hui "efféminer", c'est, selon le Petit Larousse 2010 en tout cas : "Rendre semblable à une femme dans son aspect, ses manières". L'idée de faiblesse n'y est plus, et c'est très bien ainsi finalement. Je note en passant que pendant la guerre du Vietnam les communistes confiaient souvent aux femmes, sur la piste Hô Chi Minh,  l'acheminement des armes, parce que les femmes étaient plus endurantes que les hommes. Fin de la parenthèse. Je donne un dernier exemple du sens oublié du mot "énerver", cette fois je prends la définition de la septième édition du Dictionnaire de l'Académie française (1878) :



On commence à voir apparaître le sens moderne à la fin de la définition qu'on trouve dans la huitième édition du Dictionnaire de l'Académie ( 1932-1935 ). On y lit, en bas de photo que "Énerver signifie aussi agacer en produisant une irritation nerveuse. Vous m'énervez avec votre phonographe..."


Donc. Anciennement, "énerver"  signifiait affaiblir par la débauche, le vin ou par quelque autre cause. Aujourd'hui "énerver" signifie un agacement qui nous jette dans une agitation nerveuse. Le signification des mots change parfois, mais prudence: le vin, la volupté et la débauche ont les mêmes effets aujourd'hui que dans les siècles passés !
Ajout ( 31 mars ). Je me hasarde dans une explication sur le glissement de sens du mot "énerver". É-nerver, c'est, finalement, enlever les nerfs, d'où un affaiblissement, un manque de forces...Mais, comme le souligne l'Académie à la fin de la définition qu'on voit en haut, "énerver" c'est aussi "...priver de l'usage des nerfs en brûlant ou en coupant les tendons des muscles des jarrets" . Cette pratique barbare était sans doute "énervante" pour le pauvre supplicié.

lundi 8 mars 2010

Dictionnaire de l'Académie française. Septième édition (1878).


"L'édition est d'une élégance remarquable".
Félix Courtat
"Monographie du Dictionnaire de l'Académie Française" ( Paris, Henri Delaroque, 1880 )

Je continue aujourd'hui la présentation des huit éditions du Dictionnaire de l'Académie française. La neuvième est en cours de publication. Mon article du 25 janvier présentait la huitième édition (1932-1935), la seule, bien complète, parue au XXe siècle. Puisque j'ai choisi de reculer dans le temps, je vous montre aujourd'hui la septième édition (1878), la seconde des deux éditions du Dictionnaire de l'Académie parues au XIXe siècle. La première du XIXe siècle a paru en 1835.
Cette édition est composée de deux volumes in-quarto; les définitions couvrent 903 pages dans le tome premier et 967 pages dans le second. L'intérêt pricipal de cette septième édition du Dictionnaire, c'est qu'on y reproduit intégralement, au début du tome premier,  les préfaces de toutes les éditions du Dictionnaire de l'Académie parues jusqu'alors. On trouve donc, outre la préface de ce Dictionnaire de 1878, celles des éditions de 1694, de 1718, de 1740, de 1762, de 1798 et de 1835. Ce sont des textes importants que l'Académie a eu l'intelligence de reproduire exactement, c'est-à-dire avec l'orthographe de leur publication originale, sans ajustement ou rectification. Comme il est fort difficile d'avoir sous la main toutes les éditions du Dictionnaire, la seule possession de cette édition de 1878, qui n'est pas difficile à trouver, permet de voyager parmi toutes les préfaces du Dictionnaire de l'Académie. Voici la page de titre du tome premier.
L'exemplaire que je vous présente ici est le premier Dictionnaire de l'Académie que j'ai acquis. C'était, vers 1985, au Salon du Livre Ancien de Montréal. Je ne l'ai payé que soixante-quinze dollars. En dollars d'aujourd'hui, c'est peut-être cent cinquante dollars. Ma longue quête pour trouver d'anciens dictionnaires de langue française a vraiment commençé avec cet exemplaire. Je me souviens encore de ma première émotion quand j'ai commencé à consulter l'exemplaire, que je trouvais bien vieux à l'époque; maintenant il me paraît bien jeune. Ce dictionnaire n'est pas rare; j'en ai acheté un second exemplaire il y a deux ans environ, à Québec, pour le même prix, ou à peu près le même prix. Si vous trouvez un exemplaire à prix modéré sur internet ou dans une librairie d'occasion n'hésitez pas à l'acheter; ce n'est pas un dictionnaire rare mais il est bien fait : bon papier, superbe typographie, belle mise en page sur trois colonnes, et, comme je viens de l'indiquer: toutes les préfaces, de 1694 à 1878. Félix Courtat, dans sa "Monographie du Dictionnaire de l'Académie Française" ( Paris, Henri Delaroque, 1880) a dit de cette édition, à la page 65 : "L'édition est d'une élégance remarquable. Aucune des précédentes in-4 ne peut lui être comparée, sous ce rapport, comme sous celui de l'impression."
L'exemplaire que je possède a un défaut. Un mauvais assemblage des cahiers coupe la préface de 1718 par le début des premières pages de la lettre " A "; on continue ensuite la préface de 1718, celle de 1835, et on ne reprend la suite des définitions des mots qui commencent par " A " qu'après la préface de 1835. Donc un dictionnaire mal assemblé. Mais heureusement, tout le contenu y est, même s'il faut s'accommoder du désordre de l'atelier de l'imprimeur ou du relieur. Je relève ce défaut pour montrer qu'il faut bien examiner les vieux livres avant de les vendre ou de les acheter. Voici deux photos qui montrent l'erreur d'assemblage. La première, ici, montre que la préface de 1718 est interrompue par le début des définitions des mots commençant par " A " . Cliquez sur la photo pour la voir en gros plan, puis revenez en cliquant sur votre flèche de retour de page ( pas sur le X qui vous ferait quitter le blogue ).

La seconde photo montre que les définitions sont interrompues par la suite de la préface de 1718 :

Pour en finir avec les faiblesses de cet exemplaire, il faut noter que le cuir des dos est mince et qu'il craque facilement. Photo :



On voit donc que les vieux livres ne sont pas toujours parfaits. En fait ils le sont rarement. Mais on aime tout de même certains livres comme on aime certaines femmes exceptionnelles: belles mais imparfaites, aux menus défauts qui, loin de diminuer leur attrait, leur ajoute un charme particulier. Comme ces "mouches", ces petits morceaux de taffetas noir qu'appliquaient les belles d'autrefois sur leur visage pour souligner la blancheur de leur peau. Elles faisaient mouche, justement ! Il faudra bien que j'écrive sur cette mode, aujourd'hui disparue.
Je reviens à mon exemplaire. Un envoi, sur une page de garde du tome premier, montre que ce dictionnaire a été offert, le 3 février 1880, à la Supérieure du Couvent de Verchères, Soeur Wenceslas (?) par un dénommé Segmin (?), prêtre (?). Mes recherches sont restées vaines à ce sujet. Mais l'inconnu, s'il ne signe pas lisiblement, signe avec une main large et orgueilleuse. On nommait anciennement "cadeaux" les traits de main des maîtres d'écriture, d'où le sens de choses spécieuses (de belle apparence) mais inutiles, et ensuite les sens de divertissement, de fête...et finalement le sens actuel de présent ( source : Littré ).  Voici la photo.


Je veux  aussi vous montrer le beau papier marbré qui est au début des volumes, sans cacher, au centre, un ruban de restauration (*). Presque une peinture abstraite. Et je ne le dis pas en mauvaise part. Photo:


Dans ce dictionnaire, l'Académie dit elle même qu'elle apporte peu de changements à l'orthographe. Cependant, elle souligne dans la préface qu'elle retranche quelques lettres doubles : consonnance s'écrira désormais avec un seul n : consonance. On disait une seule n à l'époque. Et, " Dans les mots tirés du grec elle supprime presque toujours une des lettres étymologiques quand cette lettre ne se prononce pas; elle écrit: phtisie, rythme, et non phtisie, rhythme. L'accent aigu est remplacé par l'accent grave dans les mots : piège, siège, collège, et dans les mots analogues. L'accent grave prend aussi la place de l'ancien tréma dans les mots poème, poète, etc. "
Mon prochain article portera sur un mot qui a complètement changé de sens depuis un siècle et demi.

(*) : En fait, comme nous l'apprend Bertrand dans la section commentaire, ce n'est pas un ruban de restauration, mais plutôt un montage "sur charnière" qui assure plus de solidité.

vendredi 19 février 2010

Mot oublié. OUBLIANCE.

Ce mot, "oubliance", mérite qu'on le tire de l'oubli, ne serait-ce que pour décrire le défaut de mémoire dont souffrent les victimes de la maladie d'Alzheimer. L'oubliance, c'est plus qu'un simple oubli, c'est une "disposition à oublier". Voici la définition que donne Émile Littré, au mot "oubliance", dans son Dictionnaire ( 1883, tome troisième ) :


Le dictionnaire de Trévoux, dans son édition de 1771, fait sentir la différence entre un simple oubli et l'oubliance. Alors qu'un oubli, c'est un "manque de souvenir", l'oubliance c'est cela, mais plus encore; c'est un "manque de mémoire". Ou, si on me permet une image, imparfaite : le "manque de souvenir" c'est une photo qu'on a oubliée dans ses cartons, alors que le "manque de mémoire" c'est une photo qui ne se fixe plus sur le film de la caméra, ou encore qui est vraiment perdue.  Voyez, pour le mot "oubli", le bas de la première photo, et pour le mot "oubliance", voyez la fin de la seconde photo :



Le Littré et le Trévoux nous montrent donc que l'oubliance c'est un défaut de mémoire qui nous porte à oublier. L'Académie française, dans la première édition de son Dictionnaire ( 1694 ) dit que l'oubliance, c'est une "faute de mémoire" . Elle écrit aussi, au mot "oublieux", adjectif qui signifie "sujet à oublier facilement", que "les vieillards sont ordinairement oublieux". On ne s'étonne pas ici : les vieillards sont ordinairement oublieux parce que l'usure de l'âge ou la maladie les font tomber dans l'oubliance.



J'arrête ici cet article. J'espère que le mot "oubliance", qu'on disait "vieilli" il y a quelques siècles, trouvera de nouveau sa place dans les livres ou dans les conversations. C'est un mot qui peut être utile; je ne lui connais pas d'équivalent et, au surplus, il sonne bien : oubliance...
Après plusieurs jours d'un silence que mes obligations m'ont imposé, je suis heureux de vous retrouver, cher lecteur. Je ne vous avais pas oublié.

jeudi 4 février 2010

Une cinquantaine d'articles...

Débordé de travail ces jours-ci, et distrait du blogue par différentes obligations, je ne pourrai pas ajouter un nouvel article avant le 21 février. Je préfère vous présenter plus tard un article intéressant plutôt que de laisser rapidement sur le blogue un article de façade. Je vous invite, en attendant, à consulter aussi les articles plus anciens. Il y en a une cinquantaine. Merci de votre patience.