jeudi 8 octobre 2009

PESTE . Académie ( 1694 ) , Trévoux ( 1771 ).

Puisque la grippe A ( H1N1 ) ne nous lâche pas dans les nouvelles, je veux ici tenter de me consoler, et mes lecteurs aussi, en rappelant que la '' peste '' fait souffrir l'humanité depuis longtemps. Donc j'écris en vitesse cet article avant que l'ange noir A ( H1N1 ) ne m'emporte. Mais si j'en trépasse, j'aurai au moins la consolation de ne plus en entendre parler et de ne plus craindre sa venue.
Voici la définition que donne du mot '' peste '' la première édition du Dictionnaire de l'Académie française ( 1694 ). J'ajoute aussi la page de titre du tome second de ce Dictionnaire, où se trouve la définition du mot ''peste''. Nous apprenons que la peste est une '' Contagion, sorte de maladie epidemique, qui provient ordinairement d'une corruption générale de l'air, & qui cause une grande mortalité. "  Voici le texte au long. Au besoin, cliquez sur la photo pour qu'elle s'affiche en grand format; cliquez ensuite sur le '' retour de page '' de votre ordinateur pour la ramener à sa dimension normale. C'est toujours la même procédure pour chaque photo du blogue. Évitez de cliquer sur votre '' X '' , ce qui vous ferait quitter le blogue. Donc :


Pour y voir plus clair, consultons maintenant le Dictionnaire des Arts et des Sciences ( 1694 ), qui complète celui de la Langue que je viens de citer. Nous apprenons que la peste est une '' Maladie tres-contagieuse & épidémique, qui vient d'un levain venimeux receu de l'air & multiplié ensuite par contagion, qui attaque les hommes comme par embusches & met leur vie en danger. Ce corpuscule contagieux est extremement subtil; ce qui luy donne la facilité de se répandre & de se multiplier. (...) "  Nous voici informés par la science de nos aïeux ! Je joins ici, plus bas, la longue définition et la page de titre du tome second où se trouve l'article. Vous noterez, à la fin de la deuxième photo ( celle qui porte le numéro de page 198 ), des recettes qui devaient, supposément, protéger de la maladie : '' Comme la peste attaque principalement ceux qui sont à jeun, ce que font aussi les fievres malignes, on ne doit point sortir que l'on n'ait mangé un morceau de pain & beu un verre de vin d'absynthe. Le vin camphré est aussi une excellente précaution. On prend un verre de vin & la grosseur d'un pois de camphre. Aprés qu'on a allumé le camphre, on le jette dans le vin, où il brûle en nageant dessus. Il faut le rallumer s'il s'éteint, & continuer jusqu'à ce que le camphre soit consumé. Ce vin bû est un préservatif singulier. ''  Note : ne vous lancez pas à l'aveuglette dans cette voie. Ne suivez pas cette recette que je tire ici d'un ancien dictionnaire vieux de plus de trois siècles. Écoutez plutôt les conseils de votre médecin. Je demande à mes lecteurs d'excuser cet avis, mais à notre époque on n'est jamais trop prudent...



Poursuivons nos recherches avec la dernière édition du Dictionnaire de Trévoux ( 1771 ). Nous apprenons ici qu'on appelle la peste " épidémie " " ..., quand la corruption vient de l'air, qui fait mourir en peu de temps une grande quantité de peuple. (...) " 
Dieu merci, il y a des remèdes. Nous lisons dans le même article qu'un médecin français, M. le Duc, " pour se garantir de la peste, s'appliquoit quatre crapauds séchés sur les aînes & sous les aisselles, qui lui servoient de vésicatoires. (...)"  Nous voici donc rassurés. Quatre crapauds suffisent. Oublions donc tous ces vaccins qui sont si dangereux aux dires de certains; comme ces passagers d'un bateau qui refusent de porter un gilet de sauvetage dans la tempête au cas où le gilet les étoufferait, mais qui seront heureux de s'accrocher à celui des autres s'ils tombent à l'eau. ( Ajout du 22 octobre : le gilet de sauvetage est peut-être moins sécuritaire qu'on ne le croit finalement. Les crapauds sont peut-être plus sûrs ! ) Mais poursuivons notre lecture. Le meilleur remède le voici : ''Le vrai remède contre la peste c'est de fuir de bonne heure, & de revenir tard.''
Voyez la photo :

Je complète avec une autre photo où on donne d'autres moyens pour se prévenir de la peste. J'y laisse le bas de la première photo pour faire sentir la mise en page originale. Pour lire plus aisément, cliquez sur la photo pour l'agrandir. Comme toujours, pour revenir, cliquez sur le '' retour de page '' de votre ordinateur; pas sur le '' X " qui lui, vous fera quitter tout le blogue.
Pour terminer, voici la page de titre de ce sixième tome du Dictionnaire de Trévoux ( 1771 ). Le Dictionnaire de Trévoux en compte huit. Les exemplaires du Trévoux ne sont pas rares mais il coûtent cher.

Dans les prochains jours je montrerai que le mot '' grippe '' n'avait pas, anciennement, le sens d'aujourd'hui.

Pour me joindre...

Si vous voulez me poser une question, me faire une suggestion ou me laisser un commentaire en privé, mon adresse pour les courriels est : pierrebouillon1@gmail.com
Je rappelle que vous pouvez citer à loisir ce blogue ou en publier les photos, dont je détiens les droits ( copyrights ), aux seules  conditions de nommer le blogue ( '' Le blogue de Pierre Bouillon '' ) et d'indiquer son lien URL qui est : http://www.pierrebouillon.com/

mercredi 7 octobre 2009

Mots oubliés. ÉMOND, ÉMEUT, ÉMEUTIR


Mots oubliés. ÉMOND, ÉMEUT, ÉMEUTIR

Je trouve ces mots dans " Invantaire des deus langues...''  ( 1635 ) du père Philibert Monet, dont vous voyez un exemplaire un peu plus bas. '' Émond '' et " émeut ''  signifient " fiente '' d'oiseau, que Monet écrit ''fiante'' . " Émeutir ", c'est crotter . Notez l'orthographe du mot '' hirondelle '' dans l'exemple que donne Monet ( seconde photo ) : '' Les arondelles dressent leurs petits à Emeutir hors du nid " . D'ailleurs Monet expose longuement au début de son dictionnaire sa vision unique de l'orthographe. J'y reviendrai, puisque je n'ai pas encore lu au complet ses savantes réflexions. On débat depuis des siècles sur l'orthographe...
Connaissant maintenant le sens du mot '' émond '', on comprend mieux celui du mot '' émonder '' qu'on emploie encore couramment. Comme le dit Monet ( première photo ) : ''Emonder un arbre, le décharger des branches seches, & des verdes superflues'' .

mardi 6 octobre 2009

Mot oublié. ÉPELIR


Mot oublié. ÉPELIR

Je trouve ce mot rare, '' épelir ", dans l' " Invantaire des deus langues... " dont je parle dans l'article qui précède. Nous lisons ici : '' Epelir, eclorre, mettre hors de coque an (sic) couvant (...) Les oiseaus Epelissent leurs oeufs en couvant (...); " Epelir, eclorre, sortir de coque, etant couvé (...) Les petits oiseaus Epelissent aucuns plustot, aucuns plus tard (...)" . C'est moi qui ajoute l'accent aigu sur le '' E '', puisque l'auteur, le père Philibert Monet, ou l'imprimeur, n'en a pas mis non plus sur "eclorre", qu'on prononçait sans doute "éclorre'', et qu'il n'en met pas plus sur " etant '' qu'on prononce '' étant '' . Je corrigerai si je trouve une raison d'enlever l'acent aigu.

lundi 5 octobre 2009

'' INVANTAIRE DES DEUS LANGUES...'' ( 1635 )




'' INVANTAIRE DES DEUS LANGUES...'' ( 1635 )

Je vous présente ici un exemplaire du dictionnaire du père Philibert Monet ( 1569-1643 ) '' Invantaire des deus langues françoise et latine, assorti des plus utiles curiositez de l'un et de l'autre idiome '', publié en 1635 à Lyon, chez la veuve de Claude Rigaud, et Philippe Borde " en ruë Merciere, à l'enseigne de la Fortune ''. ( On ne donne pas le code postal ).
C'est un livre in-folio de 990 pages. J'ai placé un disque de Diana Krall sur l'exemplaire pour donner une idée de sa taille.
Dans un petit catalogue publié en 1994 par l'Institut de France à l'occasion d'une exposition qui soulignait le tricentenaire de la publication de la première édition du Dictionnaire de l'Académie française ( 1694 ), on écrit : " (...) L'Invantaire est le plus important recueil de mots et de définitions de cette période ( XVIIe siècle ). De nombreux termes y figurent qui seront absents des dictionnaires de Richelet et de Furetière par exemple. ''
L'Institut de France le dit très bien. Ce dictionnaire est une source très riche de mots où on peut puiser au hasard, à pleines mains, sans jamais revenir bredouille. J'y reviendrai bientôt.

Cliquez sur les photos pour les voir en très grand format. Pour revenir, cliquez sur votre '' retour de page '', sans doute en haut à gauche de votre ordinateur.

vendredi 25 septembre 2009

Mots oubliés. BRASILLEMENT, BRASILLER.


Mots oubliés. BRASILLEMENT, BRASILLER.

Je profite de ce beau vendredi pour offrir cette image des eaux du fleuve Saint-Laurent qui brasillent au soleil de midi. Je puise les définitions de '' brasillement '' et de '' brasiller '' dans la septième édition du Dictionnaire de l'Académie française ( 1878 ), à la page 217 du premier tome.
La septième édition du Dictionnaire de l'Académie est excellente; achevée et avec une superbe composition. On y a reproduit toutes les préfaces des dictionnaires de l'Académie. On peut trouver sur internet de nombreux exemplaires de la septième édition à prix modérés; un achat que je recommande à ceux qui voudraient acheter un premier dictionnaire du XIXe siècle. L'autre édition du XIXe siècle, celle de 1835, sans être aussi belle, est une des meilleures éditions du Dictionnaire de l'Académie.
Cliquez sur la photo pour la voir en pleine page. Pour revenir, cliquez sur votre '' retour de page '', sans doute en haut à gauche de votre écran.

jeudi 24 septembre 2009

DÉPENDAMMENT. Oui, bien français.

Dépendamment. Dictionnaire de l'Académie française (1878).
          
Dict. de l'Académie française (1878). Page de titre du tome premier.
DÉPENDAMMENT. Oui, bien français.

Cet article a été révisé de nouveau le 15 août 2013. "Dépendamment" est dans le Petit Robert 2014! Photo au bas de l'article. PB

Ajout du 24 novembre 2010. Cher lecteur, les statistiques du blogue montrent que cet article est souvent consulté. Je l'ai révisé de nouveau et je le complète aujourd'hui par de nouvelles photos tirées de grands dictionnaires qui montrent que "dépendamment" est très français. PB 

J'ai souvent lu ou entendu que le mot ''dépendamment'' n'est pas français. Je veux corriger ici cette fausseté. Quand on ne voit pas un mot dans son ''Petit Larousse'' (au demeurant, un excellent dictionnaire) ou d'autres dictionnaires de grande diffusion, celà ne suffit pas pour dire qu'un mot n'est pas français. Les dictionnaires modernes préfèrent enregistrer des mots plus courants, ou des mots moins usités qui, selon eux, seront recherchés plus couramment . L'espace dans leurs pages est compté et les éditeurs doivent faire des choix, sans doute difficiles, que je respecte. Il faut dire, en souriant, que si on choisissait d'inclure un peu moins de mots anglais on aurait plus de place pour les mots français. C'est très bien qu'on dise d'un mot qu'il est peu usité, rare, désuet, tombé dans l'oubli...mais il faut être très prudent avant de dire qu'il n'existe pas. Ce n'est pas parce qu'un mot n'est pas dans votre dictionnaire préféré qu'il n'y est pas dans un autre, plus complet ou plus ancien. On verra, en fin d'article, que "dépendamment" est maintenant dans le Petit Robert 2014.

La photo, en haut d'article, du mot ''dépendamment'' est tirée de la page 507 du premier tome de la septième édition du Dictionnaire de l'Académie française (1878), chez Firmin-Didot. Je montre aussi dans les photos que je joins plus bas que le mot ''dépendamment'' est dans la première édition du Dictionnaire de l'Académie française (1694), dans le Dictionnaire de Furetière (ici dans l'édition de 1701), dans le Dictionnaire de Richelet (ici dans l'édition de  1728), dans l'édition de 1771 du Dictionnaire de Trévoux, dans le  Dictionnaire de Laveaux ( 1820 ) et dans l'édition de 1932 du Dictionnaire de l'Académie française. Voyez les photos:

Dépendamment. Dictionnaire de l'Académie française (1694), tome second.

Dictionnaire de l'Académie française (1694), page de titre du tome second.

Dépendemment (sic), Dictionnaire de Furetière, édition de 1701.


Dictionnaire de Furetière (1701), page de titre du tome premier.



Dépendamment. Dictionnaire de Pierre Richelet, édition de 1728, tome premier.


Dictionnaire de Pierre Richelet, édition de 1728, page de titre du tome premier.

Dépendamment. Dictionnaire de Trévoux, édition de 1771.

Dictionnaire de Trévoux, édition de 1771, page de titre du tome troisième.

    
Dépendamment. Dictionnaire de Laveaux (1820), tome premier.
    
Dictionnaire de Laveaux (1820). Page de titre du tome premier.


Dépendamment. Dict. de l'Académie française (1932).


Dict. de l'Académie française (1932), tome premier.


Avec ces nouvelles photos, provenant de grands dictionnaires français, vous pourrez, cher lecteur, donner la réplique à ceux qui prétendent que "dépendamment" n'est pas français.

Mise à jour du 15 août 2013.

Je suis heureux de constater que le Petit Robert 2014 accueille dans ses pages le mot "dépendamment"! Voici la photo:

Dépendamment. Le Petit Robert 2014, page 682.

Je ne trouve pas "dépendamment" dans le Petit Larousse 2014. Les éditeurs de cet excellent dictionnaire choisiront peut-être l'an prochain d'enlever un des mots anglais qu'ils accueillent si facilement pour faire une petite place à "dépendamment", ce mot bien français.