mardi 15 février 2011

AUTHEUR devient AUTEUR...MECHANIQUE devient MÉCANIQUE...THRESOR devient TRÉSOR... Autres exemples de la suppression du H silencieux.


Comme promis dans le précédent article, je donne ici d'autres exemples, qui seront les derniers, montrant la disparition du H silencieux au fil des éditions du Dictionnaire de l'Académie française. Je suis comme un chasseur de bartavelles qui en a montré une en trophée et qui vide ensuite sa besace sur la table pour montrer toutes les autres à ses compagnons. Je changerai de volatile dans les prochains articles. J'ajouterai peu de commentaires aux photos, qui parleront très bien seules. Voici comment l'Académie écrivait le mot "auteur" dans la première édition de son Dictionnaire :

AUTHEUR. Dictionnaire de l'Académie française, 1ere édition (1694).
Dans l'édition suivante du Dictionnaire de l'Académie, publiée en 1718, la Compagnie écrit encore AUTHEUR  mais elle reconnaît, entre parenthèses, l'orthographe AUTEUR :

AUTHEUR ( "Quelques-uns écrivent Auteur" ), Dict. de l'Académie française, deuxième édition (1718).
Finalement, dans la troisième édition de son Dictionnaire, parue en 1740, l'Académie laisse tomber définitivement le H silencieux et choisit d'écrire AUTEUR, comme on le fait encore aujourd'hui:

AUTEUR, Dictionnaire de l'Académie française, troisième édition (1740 ).
Poursuivons ce petit tour photographique. Voici, à la suite, le mot MECHANIQUE dans la première édition du Dictionnaire de l'Académie (1694) et avec une nouvelle orthographe, MÉCANIQUE, qui apparaîtra dans la quatrième édition du Dictionnaire, en 1762. La photo du dictionnaire de 1762 est moins nette parce que la  feuille est plus mince et qu'on devine l'impression du verso.

MECHANIQUE. Dictionnaire de l'Académie française, première édition (1694).
MÉCANIQUE. Dictionnaire de l'Académie française, quatrième édition (1762)

Je termine avec l'évolution du mot THRESOR. Dans la première édition du Dictionnaire de l'Académie (1694) on écrit THRESOR; dans la seconde (1718) on écrit encore THRESOR mais on note que certains l'écrivent sans H; dans la troisième (1740) on écrit maintenant TRÉSOR mais en notant que certains écrivent THRÉSOR; et finalement dans la quatrième édition du Dictionnaire de l'Académie on écrit TRÉSOR sans laisser un autre choix. Voici les quatre photos:

THRESOR, Dictionnaire de l'Académie française (1694).

THRESOR, ("...quelques-uns l'escrivent sans H.) Dictionnaire de l'Académie française, deuxième édition (1718).

TRÉSOR ("Quelques uns écrivent Thrésor...") Dictionnaire de l'Académie française, troisième édition (1740)
TRÉSOR, Dictionnaire de l'Académie française, quatrième édition (1762)
On voit donc que l'orthographe change au fil des siècles, et qu'il est parfois utile d'avoir sous la main plusieurs éditions du Dictionnaire de l'Académie française pour le démontrer, et pour permettre au lecteur de saisir par son oeil cette transformation. Mon prochain article lâchera "l'orthographie" ("Ancien synonyme d'orthographe, qu'il conviendrait de reprendre" , écrit Littré dans son Dictionnaire, tome troisième, Paris, 1883).
Vos commentaires sont toujours appréciés. Vous pouvez choisir le profil "anonyme" si vous n'êtes pas inscrit. Ajouté le 16 février: J'invite à lire ici les commentaires intéressants qu'ont envoyés plusieurs lecteurs. Ces commentaires enrichissent si bien cet article qu'il faudra peut-être que je transforme les commentaires en article et que je rabatte l'article en commentaire!

21 commentaires:

sandrine a dit…

bonjour Pierre.
Il me vient sous le clavier cette question sur le sens du mot mechanique, qui a pu être quelqu'un de tordu, de compliqué, je crois; je n'ai pas les photos de votre article sous les yeux. Sens qui a disparu. avec le H.

j'ai lu et été voir le blog de titiluvulus, qui gagnerait à être plus attrayant.
Vos articles, on les lit, on les laisse, on y revient... Donc à plus tard pour d'autres reflexions.
Bien à vous
Sandrine

Pierre Bouillon a dit…

Bonjour Sandrine,
Merci pour cette bonne piste qui nous mène à un sens méconnu du mot "mécanique". Je trouve ceci dans le "Grand dictionnaire universel" de Pierre Larousse, paru au XIXe siècle, au tome 10, page 1398:
"Fam.Intrigue:J'ai inventé une mécanique pour le mettre dedans."
Pierre

Pierre a dit…

Il reste le problème de la prononciation. Est-ce la prononciation qui a modifié l'orthographe (on disait mékanik) ou l'orthographe qui a modifié la prononciation (on disait méchanik) ?

Enlever tous les "h" silencieux pourrait paraitre simple pour simplifier l'orthographe mais pourrait aussi s'avérer être lourde de contresens quand il y a, à la prononciation, des homonymes (choeur, coeur... il y en a d'autres)

Ces dictionnaires sont des thrésors... Pierre

pascalmarty a dit…

Je pompe sur Nina Catach pour remarquer que thésauriser, de même origine, a bizarrement échappé au déhachage.

Pierre Bouillon a dit…

Bien observé Pierre. Je crois que c'est la prononciation qui mène habituellement aux changements d'orthographe. Mais je pense qu'on pourrait trouver des cas où cela s'est fait en sens inverse. Il y a derrière votre question, pertinente, comme toutes celles que vous soulevez d'ailleurs,un sujet qui pourrait déboucher sur plusieurs articles. Quand je lis les préfaces du Dictionnaire de l'Académie on indique qu'on change l'orthographe pour se plier à la prononciation. Je lis ceci dans la préface de la troisième édition (1740) : (Je laisse l'orthographe du temps: "Il est comme impossible que dans une Langue vivante, la prononciation des mots reste toûjours la même: cependant le changement qui survient dans la prononciation d'un terme, en opère un autre dans la manière d'écrire. Par éxemple, quelque tems après avoir cessé de prononcer le B dans Obmettre, & le D dans Adjoûter; on les a supprimez en écrivant."
Bref, il faudra que j'écrive un article là-dessus.
Cordialement
Pierre

Pierre Bouillon a dit…

Bonjour Pascal,
Plusieurs mots, comme vous l'indiquez,et comme Pierre le montre dans son commentaire
("...choeur,coeur...")n'ont pas subi le "déhachage" comme vous le dites.Pour "choeur" on ne s'étonne pas: en laissant le H on distingue le groupe de chanteurs et l'organe qui pompe le sang.
Il faudra revenir sur cette question.
Pierre

pascalmarty a dit…

Prononciation et orthographe jouent à chat. Depuis toujours, peut-être, et c'est rigolo de les regarder faire. Il me semble qu'il y a d'abord eu inflation de lettres en trop, pour des raisons d'étymologie parfois plus ou moins justifiées mais qui étaient censées ne rien changer à la prononciation (Montaigne écrit il avient pour il advient), parfois pour distinguer des homonymes, parfois justement dans le but de guider la prononciation, comme le es pour é avant qu'on ne généralise l'accent aigu.
Cet abus de lettres muettes provoquait déjà l'ire de grammairiens comme Meigret ou Ramus au XVIe siècle (comme quoi les querelles à propos de l'orthographe ne datent pas d'hier). Petit à petit on (l'Académie donc) s'est mis à retrancher des lettres pour se rapprocher de la prononciation. Mais ça a souvent pris du temps. L'exemple le plus évident étant sans doute les terminaisons de l'imparfait en ois/oit, abolies en 1835 alors qu'il devait bien y avoir au moins un siècle et demi qu'elles se prononçaient è.
Mais aujourd'hui, où l'écrit est beaucoup plus répandu qu'autrefois, on assiste peut-être au phénomène inverse. Je ne sais pas ce qu'il en est au Québec, mais ici personne ne prononcerait plus, par exemple, un bari de poudre ou un donteur de lions (et personne n'est fichu de prononcer «correctement» arguer). C'est l'orthographe qui reprend le dessus et qui impose une nouvelle prononciation. Je trouve que c'est un processus particulièrement instructif à observer.
Toutes mes plus plates excuses si je reviens sur des sujets que vous avez déjà traités. Je découvre votre blog, n'y ai pas encore tout lu, mais ne peux m'empêcher de mettre mon grain de sel dans un sujet qui me passionne.
Pour revenir à ce qu'écrivait Pierre à propos de prononciation, il ne faut non plus perdre de vue que les h latins de la transcription de mots grecs n'étaient guère là que de manière à montrer qu'on savait que ça venait du grec, mais n'avaient sans doute pas beaucoup d'effet sur la prononciation de lettres comme théta ou khi, qui devaient poser autant de problèmes aux Romains qu'elles pourraient nous en poser à nous.
Bon, j'en laisse un peu pour les autres. Encore merci pour ce blog.

Pierre a dit…

Merci pour ces informations qui nous donnent envie de retourner à nos dictionnaires et à nos grammaires, Pascal. Pierre

Pierre Bouillon a dit…

Bonsoir Pascal,
Vous m'écrivez là mon prochain article! Je vais faire un copier-coller et le déposer sous mon nom !
Merci pour toutes ces remarques. Je vois bien que vous avez visité des terres où je vais de temps en temps.
Au Québec on écrit "baril" mais on prononce "tonneau" ! Pour vous faire sourire, j'adapte ici l'expression "On écrit caoutchouc mais on prononce élastique" qu'on trouve dans l'excellent recueil d'expressions du français quotidien "C'est comme les cheveux d'Éléonore" de Charles Bernet et Pierre Rézeau ( Balland Éditeur, Paris, 2010 ). Au Québec on prononce 'bari' le mot "baril", mais en France on fait sonner le "l" n'est-ce-pas ? Mon CD-ROM du Petit Robert ( version 2.1 ) valide les deux prononciations; on fait même entendre la belle voix d'une lectrice. Qui est-elle ? Est-elle belle ? Je m'éloigne...Au Québec on prononce 'donteur' le mot "dompteur". Comment le prononce-t-on en France ? Mon CD-ROM valide deux prononciations : 'donteur' et 'domp-teur' ( en faisant sentir le P ). J'ai toujours dit 'argu-er' (comme tuer ) et je n'entends jamais 'ar-gué'. En fait j'entends rarement ce mot au Québec. Je l'utilise pour ma part assez souvent, mais j'ai toujours le nez dans les dictionnaires et j'emploie parfois des mots que d'autres n'emploient jamais.
Vous posez très bien la vaste question de l'orthographe et de la prononciation. Je suis content de lire un homme qui a creusé cette question et qui enrichit encore des remarques d'autres lecteurs de ce blogue (*). Je ne suis pas un expert en ce domaine, mais j'ai la chance d'avoir à portée de la main plusieurs anciens dictionnaires et je les lis avec attention.
Au plaisir de vous lire.
Pierre
(*) Je n'en nomme aucun pour ne pas en oublier. :)

Anonyme a dit…

Nina catash... femme d'actualité en ce moment.
merci pour cette référence que je vais creuser. J'ai toujours l'orthographe étourdie depuis les bancs du primaire... Le cerveau qui va plus vite que les mains, dont le clavier n'est pas le prolongement évident, me disait René de Bic. Et la reliure n'y a rien changée... vos articles et commentaires ,Si!
Merci, alors.
Bonne journée
Bien à vous.
Sandrine

pascalmarty a dit…

Bari, donteur, ar-gu-er… je me doutais bien que les Québécois, plus soigneux que nous sur la question, avaient conservé les prononciations traditionnelles. Je ne dis pas qu'ils ont raison contre les Français, hein, ni l'inverse. Juste qu'il y a là quelque chose d'intéressant à observer.

Pierre Bouillon a dit…

Bonjour Sandrine,
Derrière ce mot, "mécanique", au sens d'un piège pour perdre quelqu'un, je devine les mots "machine", "machination"...
Pierre

sandrine a dit…

Ah, oui effectivement; merci, je n'y avais pas pensé du tout dans ce sens là... ce qui m'ouvre à d'autres images. les mots ont une couleur pour moi en fonction de leur sens et la couleur change selon le sens, sans jeu de mot.
je travaille prochainement avec un groupe d'enfants de 8 à 11 ans, nous dessinons en fonction des histoires et des mots entendus.
C'est une source inépuisable de sujet de création et deculture dans vos blogs.
merci Pierre
bien à vous
sandrine

Pierre Bouillon a dit…

Enseigner, surtout à ceux qui vont nous suivre; une démarche qui porte en soi sa récompense.
Bons travaux avec vos écoliers Sandrine!
Pierre

sandrine a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
sandrine a dit…

Oups une erreur de manipulation;
merci pierre. En totale digression,pour me rester fidéle, voici le site que j'ai fait pour les enfants et leurs famille.
http://mesdessins41.e-monsite.com/
les prochains dessins sont en fait sur les photos de textor...
Je m'en suis régaler comme je vais me regaler avec la couleur des mots et l'orthographe à travers les siécles...
bien à vous
bonne journée
sandrine

seb haton a dit…

Article fort intéressant dans un blogue que je découvre avec plaisir (guidé en cela par un autre blogueur).
Je trouve que "Thrésor de la Langue Française" aurait eu une certaine tenue... Il se trouve que je travaille pour le laboratoire où ce dictionnaire fut élaboré.
Cordialement,
sébastien haton

Pierre Bouillon a dit…

Bonjour Sébastien,
J'aime bien "Thrésor..."; on sent les voix de nos aïeux avec cette orthographe. Il faut être homme d'aujourd'hui mais il faut oser ramener le passé à l'occasion. J'attends un fac-similé du "Thrésor de la langue françoise..." de Nicot.
Bravo pour le travail monumental de votre équipe.
Pierre

seb haton a dit…

Merci pour le compliment destiné à mes expérimentés collègues :))
Nous travaillons actuellement à un nouveau dictionnaire qui sera le complément du "Thrésor" ancienne formule... A suivre !
sébastien

Anonyme a dit…

Bonjour,
merci pour ces liens digressifs, mais pas tant que ça... Un bol d'air, de la légéreté pour un théme qui demande beaucoup de travail.. le talent, dites vous?
Oui, j'ai bien entendu... Quel talent et quel travail!
bonne journée
bien à vous tous
Sandrine

Anonyme a dit…

Bonjour Pierre,

Un peu absent ces temps-ci, toutes mes excuses.....

Je viens de lire tous ces commentaires et réponses sur cet intéressant article de ces '' H '' aspirés par le temps....

Un grand plaisir d'y lire les passionné(es) de cette belle langue française.

Je vais de ce pas chercher les origines du mot '' Thrésor '', qui me concerne au plus haut point....

''Or '' je comprends...mais pour le début du mot '' Thré ''... quelle serait le rapport avec l'argent métal précieux...?

Si je trouve je vous en reparle avec plaisir,

Merci, Pierre, pour votre temps,et merci à vos lecteurs répondeurs.

Belle soirée.

Michel Zimmermann
Québec