mardi 22 décembre 2009

Naissance du Christ. Un texte de 1554. "...Marie enfanta Jesuchrist,& l'agencea & meyt le mieult qu'elle peult, dans une cresche..."


"À Paris, De l'imprimerie de Michel de Vascosan, demeurant rue S. Jacques, à l'enseigne de la Fontaine. MDLIIII. Avec privilège du Roy.

À quelques jours de Noël, je veux vous montrer un texte ancien, sur la naissance du Christ, qui a été écrit, en français, en 1554, donc il y a quatre siècles et demi . Et ce texte, si vieux, est en fait une traduction d'une oeuvre qui remonte aux premiers siècles de l'ère chrétienne.
Cet extrait est tiré d'un livre que je vous ai déjà présenté, le 17 septembre : "Les Oeuvres de S.Justin philosophe et martyr, mises de grec en francois, par Jan de Maumont"  ( Paris, 1554, de l'imprimerie de Michel de Vascosan ). Plus précisément, cet extrait du livre est tiré du "Dialogue et Colloque que S.Justin martyr et philosophe eut  avec Tryphon homme Juif de nation et de secte".  On traduit ici en français une oeuvre de Saint-Justin, né à Flavia Neapolis, en Palestine vers l'an 100 et mort à Rome vers 165 ( Source : La Grande Encyclopédie, tome vingt et unième, pages 353 et 354 ). "La Grande Encyclopédie" dit que "les oeuvres de Justin sont d'un intérêt très grand pour l'histoire du christianisme: c'est la première fois qu'un homme armé d'une culture hellénique suffisante, expose le christianisme tel qu'il le comprend; c'est même le premier exposé du christianisme, car toute la littérature chrétienne antérieure est édifiante ou épistolaire".
Pardonnez ce long préambule, mais je veux faire sentir que la traduction que vous verrez ici et le texte original viennent de loin, de très loin. Je donnerai une transcription plus bas. Cliquez sur la photo pour l'agrandir. Je vous propose de commencer à lire à la fin de la troisième ligne ("..., il partit avec elle")  "Elle", c'est Marie.


Voici la transcription que je vous propose, en ne retouchant pas la syntaxe.
Je commence à la fin de la troisième ligne.

"(...) il partit avec elle de Nazareth où il habitait, & se rendit en Bethléem d'où il était, pour se faire écrire au rôle de sa tribu: car sa race descendait de la famille demeurante en ladite terre. Et de là, lui ensemble Marie se transportèrent en Égypte par le commandement de l'ange, pour y être avec l'enfant jusque à ce qu'il leur serait révélé par le même ange, faire retour en Judée. Or étant eux arrivés en Bethléem, par ce que Joseph ne trouva lieu au dit bourg pour loger, il fut contraint se retirer avec sa compagne en un petit buron ou cabane près ladite bourgade: auquel lieu étant tous deux arrivés, Marie enfanta Jesuchrist, et l'agença et mis du mieux qu'elle pût, dans une crèche ou auge à bétail, où les grands princes et sages d'Arabie, qui étaient venus lui faire hommage, le trouvèrent: ce que le prophète Ésaïe avait annoncé quand il montra & donna le symbole & signe de la spelonque ou caverne, comme j'ai discouru cy dessus. Et le répéterai, & narrerai derechef le fragment de l'écriture, pour l'amour ( dis-je ) de ceux qui sont aujourd'hui venus avec(que vous.)"

Voici le livre ouvert à la page originale (86), qui est à droite. Vous pouvez voir au long sur cette photo l'extrait que j'ai cité. Curieusement, dans ce livre de 1554, on ne numérote que les pages de droite, pas celles de gauche. Une sur deux donc. Ou, si vous voulez, il n'y a qu'un numéro par feuillet.
Ceux qui grossiront l'image pourront même lire, en bas à gauche, et plus loin, en haut à droite, que Joseph envisagea de laisser Marie, "...estimant qu'elle fut enceinte par l'ouvrage de quelque homme, et qu'il y eut fornication:..." Pour grossir l'image, ouvrez la dans un nouvel onglet avec votre souris, puis utilisez la loupe. 



Merci de m'avoir suivi jusqu'ici. Je souhaite à tous mes lecteurs un Joyeux Noël.

4 commentaires:

Bertrand a dit…

De la décision d'un homme d'abandonner sa femme ou non, plus de deux mille ans d'histoire du monde en ont été changé, comme quoi ...

Merci pour cette évocation. Je pensais de mon côté publier sur le Bibliomane moderne quelques images de la Bible amusant du bon Léo Taxil... et puis j'ai renoncé à cause des pressions politiques probables que j'aurais eu à subir (sourire).

B.

Pierre a dit…

Les textes de Saint Justin ont ceci d'intéressants, comme les Évangiles apocryphes, d'avoir été écrit avant les Évangiles canoniques et de donner mille petits détails que l'on ne retrouve ni chez St Mathieu, ni chez St Luc.

St Marc et à fortiori St Jean ne parlent jamais de la nativité, par exemple.

Avec ces derniers, nous n'aurions jamais su qu'un âne et un bœuf avaient accompagné la naissance du Messie et nos crèches paraitraient moins accueillantes (en fait, l'évocation est très postérieure).

Moi, je me lancerai avec un commentaire sur la nativité mais je vous demanderai de la bienveillance.

Joyeuses fêtes de Noël. Pierre

Pierre Bouillon a dit…

Bonsoir Bertrand.
Je ne connaissais pas Léo Taxil.
Un tour rapide sur Wikipédia m'a appris que c'est tout un personnage. La vie de ce mystificateur ferait sans doute un bon livre.
Joyeux Noël.
Pierre B.

Pierre Bouillon a dit…

Bonsoir Pierre. Je vois bien, à votre commentaire, que vous vous y connaissez en ce domaine.Merci de partager ici vos connaissances.Je n'ai, pour ma part, qu'une connaissance générale de l'histoire religieuse, mais quand j'aborde ce sujet,ou d'autres, j'essaie toujours d'y appliquer une rigueur journalistique. Je lirai avec intérêt votre article sur la Nativité.
Joyeux Noël.
Pierre B.