lundi 30 mai 2011

TEMPE. Anciennement on disait TEMPLE.

Oeuvre du peintre Danny Ferland
Chers lecteurs, je suis content de vous retrouver, après des semaines de silence. Saviez-vous que la partie latérale de la tête que nous nommons "tempe" de nos jours, s'appelait "temple" anciennement? Voyez, plus bas, des photos du "Dictionnaire des Arts et des Sciences"(1694), lequel est le complément "Arts et Sciences" de la première édition du Dictionnaire de l'Académie française, parue la même année. J'indique rapidement, mais sans les photos, pour ne pas alourdir l'article, que dans l'édition de 1701 du Dictionnaire de Furetière on donne les deux orthographes: "temple" et "tempe". Dans l'édition de 1728 du Dictionnaire de Richelet on ne donne que "temple", comme ici, dans le "Dictionnaire des Arts et des Sciences":

TEMPLE. Dict. des Arts et des Sciences (1694)
Voici la suite:

TEMPLE (Arts et Sciences.1694) Suite de la définition.


Notez aussi ce mot oublié, "templette", dont on dit en 1694 qu'il est vieux; c'est une "sorte de bandelette que les femmes mettent à leur teste" ( anciennement on écrivait "teste" pour "tête"). Voici la page de titre du tome second du Dictionnaire des Arts et des Sciences, d'où je tire ces informations:

Page de titre du "Dictionnaire des Arts et des Sciences" (1694)
Vous aurez remarqué, à gauche, une déchirure. Mon exemplaire a été amputé de ses pages de garde. Quand? Il y a dix ans? Il y a un siècle? Par qui? Par un contrefacteur qui cherchait une page ancienne pour écrire un fausse lettre autographe? Par un voleur qui voulait faire disparaître la provenance du livre? Je regrette cette mutilation, mais on est condamné à acquérir les livres rares dans l'état où on les trouve, et pas toujours dans l'état qu'on souhaite. Leurs défauts ou leurs blessures font partie de leur histoire. 

8 commentaires:

Pierre a dit…

Heureux de vous retrouver après des semaines de licence ;-)) Le mot "templa" est encore cité pour désigner "les tempes", en provençal. Le passé ne meurt jamais... Pierre

calamar a dit…

Ah mais on apprend des choses ! si certaines des évolutions de la langue sont connues, ou intuitivement reconnues quand vous nous les indiquez, là c'est une surprise.
Les pages de garde... les livres ainsi mutilés sont trop courants pour que ce soit honnête. J'essaie de me faire un principe de ne pas m'intéresser à un tel livre, comme d'ailleurs aux gravures provenant visiblement d'un exemplaire détruit.

Pierre Bouillon a dit…

Bonjour Pierre,
Votre bon mot m'a fait sourire ("...semaines de licence"). J'essaierai d'être plus régulier pour la parution de mes articles; deux fois par année ? :) Le défi, pour offrir un bon blogue, c'est de publier régulièrement pour fidéliser le lecteur, mais sans sacrifier la qualité éditoriale. Cela dit, il faut bien s'amuser un peu de temps en temps.
De votre côté vous parvenez à publier avec une étonnante régularité des articles qui sont toujours intéressants.
Salutations
Pierre

Pierre Bouillon a dit…

Bonjour "calamar",
Merci pour votre commentaire. Je suis tombé par hasard sur la "temple", dans un autre article du Dictionnaire des Arts et des Sciences (1694) qui traitait des varices ! On proposait dans cet article de curieux remèdes, contre les varices; ils me faisaient sourire et, en fait, c'était le sujet de mon prochain article. Mais voilà que je tombe sur ce mot, "temple", et j'ai cru à une coquille ("temple" pour "tempe"). J'ai fouillé un peu et j'ai découvert qu'on disait vraiment "temple" pour "tempe" anciennement.
Je déteste, comme vous, les livres mutilés ou aux origines douteuses. Dans le cas du "Dictionnaire des Arts et des Sciences", acheté par internet, la librairie parisienne qui le vendait disait, dans son catalogue, que les pages de garde étaient "manquantes", sans préciser qu'elles avaient été "coupées" ou "arrachées". Je n'aime pas acheter par internet, mais, comme d'autres, j'y suis condamné. Ce sera probablement le sujet de mon prochain article.
Salutations
Pierre

seb haton a dit…

Je connaissais "teste" mais j'ignorais "temple"...
En parlant de vieux livres, nous avons eu une épidémie de vols de livres anciens à mon université dans les années 90. Comme le code à barres était sur la couverture, les voleurs découpaient les pages au cutter et les emportaient... Il a fallu empêcher la consultation libre des ouvrages les plus anciens et mettre des codes à barres sur les pages intérieures de tous les livres...
Bien à vous,
sébastien h., de nouveau officiellement lexicographe depuis avant-hier :))

Pierre Bouillon a dit…

Le vol d'un livre, aggravé par une mutilation, est choquant. On peut remplacer une télévision ou un iPad, mais on ne peut pas remplacer un exemplaire du XVIIe siècle qui a été défiguré par un voleur ou un crétin.
Vous "revenez" à la lexicographie?
Salutations
Pierre

Anonyme a dit…

Bonjour Pierre,
je me joins aux autres contributeurs pour ne pas redire ce qui est dit et que je partage.
Les pages de gardes arrachées peuvent l'être pour de multiples raisons... surtout sur un dictionnaire, dont on peut imaginer qu'un mot galant aura été écrit par un dandin , pour une belle.
Cette idée, associée au temple, à la tête, et à la page de garde, m'amuse.
Les restaurateurs peu scupuleux connaissent cette pratique dite : "de déshabiller Paul pour habiller Pierre".
Je vous laisse imaginer la rigolade de tous ces termes comme pretexte à une histoire, toute droite sortie... De l'imagination située dans le temple, Ne dit-on pas : le temple de l'imagination ?

Bon dimanche et bien à vous;
Sandrine.

seb haton a dit…

Je n'en ai donc pas parlé sur votre blogue...
Il se trouve que j'ai travaillé huit ans (thèse comprise) dans le laboratoire où fut rédigé le TLf !
Aujourd'hui, je réintègre ce labo pour rédiger un dictionnaire de langue française d'un genre nouveau, semi-informatisé, sous la direction d'un lexicologue qui a vécu et professé très longtemps à Montréal !
Ce type de projet est très rare, aussi suis-je immensément heureux ;))
Nous aurons l'occasion d'en reparler, bien à vous,
sébastien h.